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Vol. XII N° 47 · 2026 Encyclopédie géopolitique
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Économie politique du nucléaire

Sanctions nucléaires contre l’Iran : une pression puissante, mais sans victoire automatique

Les sanctions ont réduit les recettes, renchéri le commerce et ramené Téhéran à la table en 2013. Elles n’ont jamais suffi à supprimer les centrifugeuses. Leur efficacité dépend d’un objectif négociable, d’une coalition et d’une sortie crédible.

Par Nasser Al-Sabri 10 juillet 2026 Lecture : 16 min de lecture Dossier : Iran
Sanctions nucléaires, commerce et négociation avec l’Iran
Mots-cléssanctionssnapbackpétroleJCPOA

Les sanctions contre l’Iran ne forment pas un bloc unique. Certaines visent les transferts de matériel nucléaire ; d’autres interdisent des transactions financières, le pétrole, les armes ou les activités d’entités liées aux Gardiens de la révolution. Les premières cherchent à ralentir l’acquisition d’équipements. Les secondes créent une contrainte macroéconomique destinée à modifier le choix des dirigeants. Les confondre empêche de juger leurs résultats : une restriction peut bloquer un composant sans obtenir une concession politique, tandis qu’un embargo pétrolier peut réduire les recettes tout en stimulant les circuits clandestins.

Depuis 2006, la pression a alterné avec des périodes d’allègement. Elle a contribué à la négociation du JCPOA, mais le retrait américain de 2018 a aussi montré que les bénéfices promis pouvaient disparaître après une alternance à Washington. Le rétablissement des anciennes résolutions de l’ONU le 27 septembre 2025, puis la guerre de 2026, ont replacé le dossier dans une configuration plus dure : le système de restrictions est large, l’inspection est dégradée et la définition d’une contrepartie acceptable est plus incertaine.

Une sanction est un levier, pas une politique complète : elle change un coût, mais ne décide ni de la concession recherchée ni de la garantie offerte en échange.

Analyse geopolô
Plusieurs régimes

ONU, États-Unis et Europe n’obéissent pas aux mêmes règles

Le Conseil de sécurité a adopté entre 2006 et 2010 une série de résolutions à la suite de la saisine du dossier par l’AIEA. Elles imposaient notamment des restrictions sur les activités sensibles, des gels d’avoirs, des interdictions de voyage et un régime sur les transferts d’armes. Leur force venait de l’obligation pour tous les États membres de les appliquer, mais leur négociation exigeait l’accord ou l’abstention de la Russie et de la Chine.

Les États-Unis ont construit un dispositif beaucoup plus large grâce à leur système financier. Les sanctions dites secondaires menacent une banque ou une entreprise non américaine de perdre l’accès au marché et au dollar si elle traite avec des secteurs iraniens désignés. Ce choix externalise la juridiction américaine : une raffinerie asiatique peut respecter la loi de son pays et renoncer néanmoins à une cargaison par peur de Washington.

L’Union européenne a combiné embargos, gels et interdictions sectorielles. Elle a levé une partie des mesures liées au nucléaire lors de la mise en œuvre du JCPOA en janvier 2016, puis tenté après 2018 de préserver des échanges légitimes. Le mécanisme INSTEX a illustré les limites européennes : sans banques prêtes à risquer l’accès au marché américain, une architecture de compensation ne suffit pas à rétablir le commerce attendu par Téhéran.

Transmission économique

La pression passe par le pétrole, la banque, l’assurance et l’anticipation

Réduire les exportations pétrolières frappe la principale source de devises de l’État. Exclure des banques du financement international rend plus coûteux chaque paiement. Restreindre l’assurance maritime complique le transport même lorsqu’un acheteur existe. Contrôler les biens à double usage ralentit les secteurs nucléaire, aéronautique et militaire. Ces canaux se renforcent : un baril peut être vendu, mais avec remise, intermédiaires opaques, transbordements et délais de paiement.

L’effet commence souvent avant la date juridique. Les entreprises surestiment le risque, interrompent des contrats et évitent les transactions permises : c’est la surconformité. Elle touche aussi médicaments, pièces civiles et importations humanitaires officiellement exemptés, car l’exemption d’un bien ne garantit pas la banque, le transporteur ou l’assureur. Le coût social peut donc dépasser la cible désignée.

Le régime absorbe une partie du choc par la dévaluation, les subventions, la compression des importations et le transfert du coût vers les ménages. L’inflation érode les salaires et les patrimoines en rials ; les acteurs connectés à l’État accèdent mieux aux devises ou aux licences. Une politique conçue pour contraindre l’appareil sécuritaire peut ainsi renforcer les réseaux capables de contourner les règles.

Résultat diplomatique

Pourquoi la pression a favorisé le JCPOA sans l’avoir produit seule

Les sanctions financières et pétrolières renforcées autour de 2010-2012 ont imposé un coût important. Elles ont accru l’intérêt d’un accord après l’élection de Hassan Rohani en 2013. Mais l’ouverture ne venait pas seulement de l’économie : un canal secret à Oman, l’acceptation américaine d’un enrichissement limité et la possibilité politique pour les deux camps de présenter le compromis comme réciproque ont transformé la pression en négociation.

Le JCPOA échangeait des limites vérifiables contre un allègement nucléaire, sans supprimer toutes les sanctions américaines liées au terrorisme, aux droits humains ou aux missiles. Cette séparation a protégé des objectifs américains distincts, mais elle a réduit le bénéfice économique perçu en Iran. Les banques restaient prudentes et l’investissement inférieur aux attentes. Le contrat politique était donc plus fragile que la liste formelle des mesures levées.

Lorsque Washington a quitté l’accord en mai 2018 et rétabli ses sanctions, l’Iran respectait encore les limites que l’AIEA vérifiait. Téhéran a attendu un an avant de dépasser progressivement ses engagements. Du point de vue américain, la « pression maximale » devait obtenir un accord plus large. Du point de vue iranien, elle démontrait qu’une concession livrée d’abord pouvait être conservée tandis que la contrepartie était retirée.

Contournement

Le commerce clandestin réduit l’effet sans rendre les sanctions indolores

L’Iran a développé des sociétés écrans, des changements de pavillon, des transferts de cargaison en mer, des documents modifiés et des ventes assorties de rabais. Le Trésor américain publie régulièrement des désignations décrivant des réseaux de transport, de courtage et de finance liés au pétrole ou à la pétrochimie. La Chine demeure le débouché décisif, souvent par des raffineries indépendantes et des routes difficiles à attribuer publiquement.

Ce contournement ne signifie pas que la pression échoue. Une vente clandestine coûte davantage, donne du pouvoir aux intermédiaires et réduit le prix net reçu par l’État. Elle rend aussi l’économie moins transparente et accroît la corruption. En revanche, elle empêche l’asphyxie totale et donne à Téhéran le temps nécessaire pour attendre un changement politique chez ses adversaires.

La substitution de fournisseurs a une portée stratégique. L’Iran approfondit ses relations avec la Chine et la Russie, utilise des paiements non libellés en dollars et échange marchandises ou services. Cette réorientation protège des flux, mais augmente la dépendance envers un petit nombre de partenaires qui peuvent imposer remises, délais ou conditions.

Le snapback

Le retour des sanctions de l’ONU a recréé une obligation et ouvert une querelle de légitimité

La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont déclenché en août 2025 le mécanisme de rétablissement prévu par la résolution 2231, en invoquant l’inexécution substantielle de l’Iran. Faute de résolution prolongeant la levée, les dispositions de six anciennes résolutions ont été réappliquées le 27 septembre à 20 heures, heure de New York, selon le site du Conseil de sécurité.

L’Iran, la Russie et la Chine contestent la validité et les effets de la procédure. Cette dispute ne supprime pas la position enregistrée par le Secrétariat et les États occidentaux, mais elle fragilise l’unité d’application. Une sanction multilatérale est plus efficace lorsque les grandes puissances convergent sur sa légitimité ; elle devient poreuse lorsqu’elles interprètent différemment l’obligation.

Le snapback a aussi modifié le calendrier diplomatique. La clause devait être un mécanisme de garantie avant la disparition programmée de la résolution 2231. Son activation a supprimé une partie de l’incitation temporelle offerte à Téhéran. Pour obtenir désormais une levée durable, il faudra non seulement un arrangement technique, mais un processus politique capable de défaire plusieurs niveaux de mesures.

Mesurer l’efficacité

Une stratégie crédible doit préciser la concession et le chemin de sortie

Si l’objectif est de ralentir un achat précis, un contrôle d’exportation peut être efficace même sans changement de régime. S’il s’agit d’obtenir le retour des inspecteurs, la mesure doit être reliée à une contrepartie graduée et rapide. Si le but devient simultanément zéro enrichissement, limitation des missiles, retrait régional et transformation du pouvoir, aucun allègement partiel ne sera politiquement vendable à Téhéran.

La crédibilité de la levée est désormais aussi importante que celle de la menace. Un futur accord peut prévoir des étapes synchronisées, des licences pluriannuelles, une procédure de règlement et une séquence de vérification. Il ne peut cependant empêcher totalement une future majorité américaine ou iranienne de changer de politique. La réduction de ce risque passe par des bénéfices distribués tôt, mais réversibles si les obligations ne sont pas tenues.

Les sanctions sont donc puissantes pour imposer des frictions, financer moins facilement l’État et créer un besoin de négociation. Elles sont faibles lorsqu’on leur demande de choisir à la place d’un régime qui considère le programme comme une assurance de survie. Plus la pression menace l’existence du pouvoir, plus l’abandon total de l’option nucléaire peut paraître dangereux à ceux qu’elle vise.

Réponse à la problématique

Les sanctions ont ralenti des acquisitions, diminué les revenus et contribué au compromis de 2015. Elles n’ont pas éliminé la capacité nucléaire, car Téhéran a adapté ses circuits et répondu aux ruptures par l’accélération. Leur réussite se mesure à une concession vérifiable obtenue à un coût supportable, pas au volume des interdictions. Sans objectif limité et sortie crédible, la pression devient un état permanent qui appauvrit sans résoudre.

Sources principales

Textes et mécanismes

À lire ensuite

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Nasser AL SABRI
Nasser AL SABRI
Journaliste indépendant

Analyste en géopolitique, anthropologie politique et relations internationales.