Dossier pays premiumGeopolo · Arabie saoudite · 3. Vision 2030 et transformation économique
Édition France ISSN 2026·0428 Revue indépendante
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Vol. XII N° 47 · 2026 Encyclopédie géopolitique
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3. Vision 2030 et transformation économique

Vision 2030 : des résultats non pétroliers, une facture encore pétrolière

L'économie non pétrolière a progressé de 4,5 % en 2024 après le recalcul du PIB, tandis que l'activité pétrolière reculait de 4,4 %. La diversification avance, mais son financement reste exposé aux recettes du brut et au coût simultané des mégaprojets.

Par Nasser Al-Sabri 10 juillet 2026 Lecture : 12 min de lecture Dossier : Arabie saoudite
Vision 2030
Mots-clésArabie saouditeRiyadVision 2030GolfeMoyen-OrientPIFNEOMdiversification

Lancée le 25 avril 2016, Vision 2030 poursuit trois objectifs liés : diversifier les revenus, augmenter l'emploi des Saoudiens et transformer l'offre sociale du royaume. Neuf ans plus tard, elle a produit des changements mesurables dans le tourisme, le travail des femmes, les services numériques et l'investissement privé.

Elle n'a pas supprimé la contrainte pétrolière. Le FMI constate qu'en 2024 les coupes de l'OPEP+ ont maintenu la production autour de 9 millions de barils par jour, le plus bas niveau depuis 2011, pendant que les dépenses liées aux projets creusaient le déficit. Diversification, après-pétrole, risque budgétaire et calendrier 2030 doivent donc être lus dans un même bilan.

En 2024, le PIB non pétrolier réel a augmenté de 4,5 %, mais le compte courant est passé d'un excédent de 2,9 % du PIB en 2023 à un déficit de 0,5 %. FMI, consultation Article IV 2025

Résultats

Le changement le plus solide se trouve dans l'emploi et les services

Le taux de chômage des ressortissants saoudiens est tombé à 7 % en 2024, sous l'ancienne cible de Vision 2030. La participation économique des femmes a atteint environ 36 %, contre 22,8 % au point de départ de 2016. Le tourisme, l'hôtellerie, le commerce et la construction ont soutenu la croissance non pétrolière.

Ces résultats comptent parce qu'ils modifient les revenus des ménages et la structure de l'emploi. Ils sont plus robustes qu'une maquette de mégaprojet : une entreprise ouverte, un poste privé et une visite touristique sont des flux observés, même si leur dépendance à la dépense publique doit encore être mesurée.

Budget

Le paradoxe : utiliser la rente pour réduire la dépendance à la rente

Les recettes pétrolières financent les infrastructures, les fonds sectoriels et le PIF. Lorsque la production ou le prix du brut baisse, Riyad peut emprunter, puiser dans ses actifs ou étaler les projets. En 2024, la dette de l'État a atteint 26,2 % du PIB selon le FMI, un niveau encore modéré mais en hausse.

Le déficit budgétaire de 2,5 % du PIB en 2024 ne signale pas une crise immédiate. Il montre que tous les calendriers ne peuvent pas être protégés en même temps. La hiérarchisation entre Coupe du monde 2034, Expo 2030, logements, transports, NEOM et nouveaux secteurs devient le cœur de la stratégie.

Diversification

Le secteur privé doit devenir moteur, pas simple sous-traitant

Le FMI avertit que les interventions du PIF et des entités publiques doivent corriger des défaillances de marché sans évincer l'investissement privé. Une activité peut être non pétrolière tout en restant indirectement financée par le pétrole si son client principal est l'État ou un fonds souverain.

L'indicateur décisif est donc la part de revenus provenant de clients privés et d'exportations compétitives. Les investissements directs étrangers, la productivité, les faillites et la survie des entreprises après la fin des subventions diront si de nouveaux secteurs ont acquis leur propre demande.

Scénario

Réussir ne signifie plus terminer chaque projet en 2030

Le calendrier initial est devenu un portefeuille de trajectoires. Certaines cibles ont été relevées après avoir été atteintes ; d'autres projets sont séquencés ou redimensionnés. Cette adaptation peut être saine si elle est publiée avec des coûts, des étapes et des critères d'arrêt.

En 2030, le bilan le plus utile comparera croissance non pétrolière, emploi privé saoudien, recettes fiscales hors pétrole et productivité. Le nombre d'annonces ou la valeur brute des actifs du PIF ne suffiront pas à prouver que le cycle pétrolier a perdu son pouvoir sur la dépense.

Vision 2030 a déjà changé le marché du travail, l'offre de services et l'image du royaume. Elle n'a pas encore démontré que ces moteurs peuvent soutenir la même cadence lorsque le pétrole finance moins ou lorsque les besoins d'emprunt augmentent.

La réussite sera une économie capable de sélectionner ses projets, d'attirer du capital privé et de conserver ses acquis sociaux sans exiger en permanence un baril élevé. C'est un test de productivité et de gouvernance, pas seulement de construction.

Sources consultées
Nasser AL SABRI
Nasser AL SABRI
Journaliste indépendant

Analyste en géopolitique, anthropologie politique et relations internationales.