La transition saoudienne n'est pas une sortie rapide des hydrocarbures. Elle consiste d'abord à remplacer du pétrole brûlé dans l'électricité par du gaz et du solaire, afin de libérer davantage de brut pour l'exportation. L'hydrogène et les renouvelables viennent ensuite diversifier les compétences et les marchés.
Gaz naturel, hydrogène vert et transition énergétique sont donc réunis ici. Les trois filières partagent le réseau électrique, l'eau, les capitaux et la même question : quelle énergie crée une valeur exportable après les investissements publics initiaux ?
Jafurah couvre 17 000 km² et contiendrait 229 000 milliards de pieds cubes de gaz brut ; Aramco vise 2 milliards de pieds cubes de gaz commercial par jour en 2030. Aramco, février 2026
Jafurah sert l'industrie et remplace des liquides dans l'électricité
La première phase de Jafurah est entrée en production en décembre 2025. À l'horizon 2030, Aramco prévoit aussi 420 millions de pieds cubes d'éthane par jour et environ 630 000 barils quotidiens de liquides et condensats à forte valeur.
Le gaz soutient la pétrochimie, le dessalement et les nouvelles charges électriques liées à l'industrie et aux centres de données. Il émet moins de CO2 à la combustion que le pétrole, mais reste fossile et son bilan dépend des fuites de méthane et de l'efficacité des installations.
Les renouvelables progressent du projet vers le réseau
Le rapport Vision 2030 pour 2025 recense environ 64 GW de projets renouvelables proposés, couvrant solaire, éolien, stockage et hydrogène. Un portefeuille annoncé n'est pas une capacité installée : il faut distinguer projets attribués, en construction, raccordés et production annuelle réelle.
Le solaire saoudien bénéficie d'un fort ensoleillement et de foncier disponible, mais les pointes de demande estivales, la poussière, le stockage et le renforcement du réseau déterminent son utilité. Les prix records obtenus aux enchères ne résument pas le coût complet du système.
L'hydrogène de NEOM est un pari d'exportation contractualisé
La coentreprise NEOM Green Hydrogen Company vise environ 600 tonnes d'hydrogène vert par jour, converties en ammoniac pour le transport. Le rapport du PIF indiquait 60 % d'avancement de la construction fin 2024.
La filière doit encore démontrer le coût livré chez le client, la disponibilité de l'électrolyse et la compétitivité face à l'hydrogène produit à partir de gaz. Son intérêt stratégique tient au contrat de long terme et à la création d'une chaîne industrielle, pas à une substitution immédiate des recettes pétrolières.
Une transition se mesure en pétrole évité et en revenus nouveaux
La capacité solaire installée n'a de sens que rapportée aux térawattheures produits et au volume de brut ou de fioul qu'elle remplace. Le gaz doit être suivi par son coût, ses émissions de méthane et la valeur des produits industriels qu'il alimente.
Pour l'hydrogène, les tonnes effectivement produites et exportées compteront davantage que la taille nominale de l'usine. Ces indicateurs évitent de présenter simultanément trois objectifs futurs comme trois résultats déjà acquis.
Le gaz est la composante la plus immédiate de la transition saoudienne : il répond à une demande domestique existante et libère du pétrole exportable. Les renouvelables et l'hydrogène construisent des options plus longues, avec davantage de risque de marché.
Riyad ne remplace donc pas un modèle par un autre ; il superpose pétrole, gaz, électricité renouvelable et molécules bas carbone. La réussite dépendra de la part réellement produite, consommée ou exportée, pas de la seule capacité annoncée.
- Aramco — stratégie gazière et démarrage de Jafurah — production de décembre 2025 et cibles 2030
- Vision 2030 — rapport annuel 2025 — portefeuille de renouvelables, stockage et hydrogène
- PIF — rapport annuel 2024 — avancement du projet d'hydrogène vert de NEOM
