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Vol. XII N° 47 · 2026 Encyclopédie géopolitique
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Iran et Sud global

L’Iran dans les BRICS : une victoire diplomatique, pas une sortie automatique des sanctions

Membre à part entière depuis le 1er janvier 2024, l’Iran gagne une enceinte où siègent Chine, Inde, Russie et puissances du Golfe. Mais les BRICS ne sont ni une union monétaire ni une alliance de défense, et Téhéran n’est pas membre de leur Nouvelle banque de développement.

Par Nasser Al-Sabri 10 juillet 2026 Lecture : 16 min de lecture Dossier : Iran
Place diplomatique et économique de l’Iran dans les BRICS
Mots-clésBRICSSud globalmonnaies localesmultilatéralisme

L’entrée de l’Iran dans les BRICS a pris effet le 1er janvier 2024, après l’invitation décidée au sommet de Johannesburg d’août 2023. Pour Téhéran, l’adhésion brise une partie du récit occidental d’isolement : des États représentant une large fraction de la population et de l’énergie mondiales acceptent l’Iran comme participant à part entière.

La portée économique est plus modeste que le symbole. Les BRICS sont un forum de coordination par consensus, non un marché commun. Ils n’abolissent pas les contrôles bancaires nationaux, ne garantissent pas les transactions avec une entité sanctionnée et ne possèdent pas de monnaie commune. La Chine et l’Inde peuvent partager la critique des sanctions unilatérales tout en protégeant leurs banques.

L’adhésion donne à l’Iran une voix et des rendez-vous ; elle ne fournit ni compte bancaire, ni assurance maritime, ni investissement par la seule force du sigle.

Analyse geopolô
Pourquoi les BRICS ont accepté l’Iran

Élargir la représentation du Sud et intégrer un grand producteur d’énergie

Le groupe fondé par le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, rejoint par l’Afrique du Sud en 2011, cherche à peser sur la gouvernance mondiale. L’expansion effective en 2024 a inclus l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran et les Émirats arabes unis ; l’Arabie saoudite est également présentée comme membre par la présidence brésilienne, et l’Indonésie a rejoint ensuite.

L’Iran apporte près de 90 millions d’habitants, une position entre Golfe, Caspienne et Asie centrale, et d’immenses réserves d’hydrocarbures. Il participe déjà à l’Organisation de coopération de Shanghai et développe des liens avec la Chine et la Russie.

Pour les membres, l’adhésion exprime aussi un principe : Washington et l’Europe ne doivent pas décider seuls quels États participent aux enceintes internationales. Accepter l’Iran ne signifie pas approuver toutes ses politiques.

Un gain de statut

Les sommets normalisent la présence iranienne malgré la confrontation occidentale

Le président iranien siège avec des dirigeants dont les pays ont des relations étroites avec les États-Unis. Il peut tenir des réunions bilatérales en marge, présenter ses positions nucléaires et participer aux déclarations communes. Cette densité diplomatique réduit le coût de chaque rencontre.

Le communiqué de Rio de Janeiro de juillet 2025 a condamné les frappes militaires contre l’Iran commencées le 13 juin. Ce soutien politique ne s’est pas transformé en assistance militaire collective. Les BRICS n’ont ni traité de défense ni commandement.

La diversité protège et limite Téhéran. Brésil, Inde, Émirats, Chine et Russie n’ont pas les mêmes intérêts au Moyen-Orient. Le consensus produit des formulations générales et rend improbable l’adoption d’une politique iranienne commune.

Commerce en monnaies locales

Réduire le dollar est un processus technique, pas une déclaration

Les documents des BRICS encouragent l’usage des monnaies locales, des instruments de paiement et l’étude de plateformes transfrontalières. Cela peut faciliter certains échanges et réduire les coûts de conversion. La Russie et l’Iran ont un intérêt particulier à développer des circuits moins exposés au dollar.

Une monnaie locale doit cependant être convertible ou dépensable. Si l’Iran accumule des roupies sans biens indiens à acheter, le solde perd de la valeur. Le yuan est plus utile grâce au volume des importations chinoises, mais son usage dépend des banques et contrôles de Pékin.

Le règlement en monnaie nationale ne rend pas une transaction invisible ni légale dans toutes les juridictions. Une banque chinoise exposée aux sanctions secondaires peut refuser même sans dollar. La dédollarisation diminue une dépendance ; elle n’efface pas l’extraterritorialité du marché américain.

Pas de monnaie BRICS

Les écarts entre économies rendent une union monétaire lointaine

Les membres ont des régimes de change, niveaux d’inflation, systèmes financiers et priorités différents. Créer une monnaie commune demanderait une banque centrale, des règles budgétaires, un actif de réserve et un mécanisme de partage des risques. Rien de comparable n’existe.

La présidence brésilienne de 2025 a explicitement mis l’accent sur les instruments et monnaies locales, pas sur le lancement d’un remplacement de l’euro. Les déclarations politiques circulant sur une « monnaie BRICS » confondent unité de compte, plateforme de paiement et monnaie complète.

Pour l’Iran, attendre un grand basculement monétaire détournerait de tâches concrètes : conformité, accords de compensation, convertibilité et choix des importations. Les petits gains répétés comptent davantage qu’un symbole inexistant.

La Nouvelle banque de développement

L’Iran ne figure pas parmi les membres de la NDB en août 2026

La Nouvelle banque de développement a été créée par les cinq fondateurs et a accueilli de nouveaux membres. Sa liste officielle comprend notamment Bangladesh, Émirats arabes unis, Égypte, Algérie et Ouzbékistan. L’Iran n’y apparaît pas.

Adhérer aux BRICS ne donne donc pas automatiquement accès aux prêts de la NDB. Une candidature devrait être examinée, et la banque doit préserver sa notation, ses émissions et sa capacité à lever des fonds internationaux. Financer une juridiction fortement sanctionnée peut augmenter ses coûts.

Même membre, l’Iran ne recevrait pas une enveloppe sans projet. Les prêts exigent faisabilité, gouvernance et remboursement. La contrainte du développement n’est pas seulement l’absence de banque ; c’est la qualité des projets et des institutions.

Énergie et contradictions

Producteurs et consommateurs siègent ensemble sans former de cartel

Les BRICS élargis regroupent grands consommateurs — Chine et Inde — et producteurs comme Russie, Iran, Émirats et Arabie saoudite. La présidence brésilienne estimait leur part à plus de 40 % de la production pétrolière mondiale. Ce poids permet dialogue sur transition et sécurité énergétique.

Leurs intérêts de prix divergent. Les consommateurs veulent un approvisionnement fiable et abordable ; les producteurs cherchent revenu et part de marché. La Chine profite du brut iranien à rabais, ce qui aide Téhéran à exporter mais réduit son revenu unitaire.

La crise d’Ormuz en 2026 a montré que les partenaires asiatiques subissent une stratégie maritime iranienne. L’appartenance au même forum n’annule pas le coût d’une cargaison bloquée. Elle fournit des canaux pour demander la désescalade.

Relations avec la Chine et l’Inde

L’adhésion ne corrige pas l’asymétrie bilatérale

La Chine achète la majorité du pétrole iranien et fournit machines, électronique et biens de consommation. Son marché permet la survie des exportations, mais lui donne un pouvoir de prix. Les investissements annoncés dans le partenariat stratégique restent soumis au risque.

L’Inde a historiquement acheté du brut iranien avant d’arrêter sous la pression américaine. Elle conserve un intérêt pour le port de Chabahar et les routes vers l’Afghanistan et l’Asie centrale. Ses relations avec les États-Unis, Israël et les monarchies encadrent sa politique.

Les BRICS facilitent les rencontres entre ces acteurs ; ils ne contraignent pas Delhi ou Pékin à sacrifier leurs autres partenariats. Téhéran doit donc offrir des projets rentables et une stabilité, non invoquer seulement la solidarité du Sud.

La Russie, partenaire sous sanction

La convergence politique coexiste avec une concurrence énergétique

L’Iran et la Russie partagent une opposition à la pression occidentale, des coopérations militaires et un intérêt pour des systèmes de paiement alternatifs. Moscou a soutenu l’entrée iranienne et utilise les enceintes multilatérales pour coordonner les positions.

Ils vendent aussi du pétrole et du gaz aux mêmes clients asiatiques. Après 2022, le brut russe à rabais a concurrencé le brut iranien. Les transporteurs, banques et raffineries disposent d’un choix entre fournisseurs sanctionnés.

Le partenariat peut produire transport nord-sud, coopération nucléaire civile et échanges agricoles. Il ne supprime pas les intérêts nationaux. L’Iran gagnerait à ne pas remplacer une dépendance occidentale par un duopole de clients capables d’imposer leurs conditions.

Les monarchies dans le même forum

BRICS ajoute une enceinte à la détente irano-saoudienne

La présence de l’Iran, des Émirats et de l’Arabie saoudite crée des occasions de traiter énergie et développement hors des cadres dirigés par l’Occident. Elle prolonge le rapprochement de Pékin de 2023 et reconnaît que les économies du Golfe partagent des routes.

Mais les attaques régionales de 2026 ont ravivé les inquiétudes sécuritaires. Un forum économique ne remplace pas des garanties sur missiles, drones, bases et navigation. Les monarchies ne renonceront pas à leurs partenariats militaires américains parce qu’elles siègent dans les BRICS.

La valeur de l’enceinte sera visible si elle aide à préserver un dialogue après la crise. La coexistence au sommet rend une rupture diplomatique plus coûteuse, sans interdire une confrontation.

Une stratégie utile

Utiliser les mécanismes existants plutôt que promettre un monde post-dollar

L’Iran peut approfondir normes douanières, reconnaissance des entreprises, transport, assurance et recherche avec chaque membre. Le corridor international nord-sud offre un projet concret reliant l’Inde, l’Iran, la Caspienne et la Russie. Sa performance dépend des ports, voies ferrées et procédures.

Il peut candidater à la NDB, proposer des projets climatiques et renforcer les paiements locaux en parallèle d’une réforme bancaire. Ces instruments réduisent les frictions même si les sanctions persistent en partie.

Enfin, les BRICS doivent rester un levier de diversification, pas un substitut à la diplomatie nucléaire. Aucune enceinte ne compense pleinement l’exclusion du dollar et de la finance occidentale. L’autonomie vient d’un portefeuille de relations, pas du passage d’un bloc à un autre.

Réponse à la problématique

Les BRICS donnent à l’Iran une reconnaissance, des rencontres régulières et des outils graduels de coopération. Ils ne garantissent ni financement ni immunité aux sanctions : le groupe n’est pas une union, les intérêts divergent et l’Iran n’appartient pas à la Nouvelle banque de développement. La réussite dépendra de projets concrets et d’une diplomatie qui réduit le risque ; l’adhésion est une plateforme, non une économie parallèle prête à l’emploi.

Sources principales

Adhésion, finance et coopération

À lire ensuite

Examiner le partenaire central : les relations entre l’Iran et la Chine.

Nasser AL SABRI
Nasser AL SABRI
Journaliste indépendant

Analyste en géopolitique, anthropologie politique et relations internationales.