Dossier pays premiumGeopolo · Arabie saoudite · 10. Moyen-Orient
Édition France ISSN 2026·0428 Revue indépendante
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Vol. XII N° 47 · 2026 Encyclopédie géopolitique
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10. Moyen-Orient

Arabie saoudite–Israël : une normalisation conditionnelle, pas acquise

Riyad n'entretient pas de relations diplomatiques avec Israël. Le 7 février 2024 puis le 5 février 2025, le ministère saoudien des Affaires étrangères a réaffirmé qu'une reconnaissance exigeait un État palestinien sur les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale.

Par Nasser Al-Sabri 10 juillet 2026 Lecture : 10 min de lecture Dossier : Arabie saoudite
Relations avec Israël
Mots-clésArabie saouditeRiyadVision 2030GolfeMoyen-Orientgéopolitiquepuissance régionaleMohammed ben Salmane

Avant octobre 2023, les discussions conduites par Washington associaient normalisation, garanties de sécurité américaines, coopération nucléaire civile et mesures en faveur des Palestiniens. La guerre à Gaza a modifié le coût politique et les conditions saoudiennes.

Les deux pages de normalisation sont absorbées ici parce qu'elles décrivaient le même processus, souvent présenté à tort comme imminent. Les contacts, survols ou intérêts communs face à l'Iran ne constituent pas une reconnaissance diplomatique.

Le communiqué saoudien du 7 février 2024 affirme qu'il n'y aura pas de relations diplomatiques sans reconnaissance d'un État palestinien sur les frontières de 1967, arrêt de la guerre à Gaza et retrait des forces israéliennes de l'enclave. Saudi Press Agency / ministère saoudien des Affaires étrangères

Convergences

Des intérêts convergents existent sans alliance officielle

L'Iran, les missiles, la sécurité maritime, la technologie et l'accès américain créent des dossiers où les intérêts peuvent se rapprocher. L'ouverture de l'espace aérien saoudien à davantage de vols réduit aussi certaines distances régionales.

Cette convergence ne supprime pas la centralité de la question palestinienne pour la légitimité saoudienne, arabe et islamique. Le statut de gardien des deux saintes mosquées donne à Riyad un coût symbolique plus élevé qu'aux signataires précédents des accords d'Abraham.

Architecture

La négociation est un paquet à quatre parties

Les États-Unis négocient leurs garanties et transferts avec Riyad ; Riyad négocie des mesures politiques avec Israël ; les Palestiniens doivent accepter et mettre en œuvre leur propre cadre ; le Congrès américain peut peser sur défense et nucléaire.

Un accord sur un volet ne ferme donc pas l'ensemble. Cette interdépendance explique pourquoi des déclarations de progrès ont souvent précédé des reports : chaque concession modifie la politique intérieure d'au moins trois acteurs.

Position saoudienne

Depuis Gaza, la condition palestinienne est formulée sans ambiguïté

En février 2024, Riyad a lié toute relation à la reconnaissance d'un État palestinien, à la fin de l'offensive à Gaza et au retrait israélien. Le 5 février 2025, le ministère a réaffirmé que cette position était « ferme et inébranlable ».

En 2025, l'Arabie saoudite et la France ont coprésidé une conférence internationale sur la solution à deux États. Cette initiative déplace l'ordre logique : la normalisation est présentée comme le résultat d'un règlement palestinien, non comme un substitut à celui-ci.

Prospective

Trois scénarios doivent remplacer la date supposée de l'accord

Premier scénario : un cessez-le-feu durable et un processus crédible permettent une reconnaissance progressive avec garanties américaines. Deuxième : les coopérations discrètes continuent sans ambassade. Troisième : annexion, déplacements ou guerre régionale ferment le dossier pour plusieurs années.

Les indicateurs sont publics : position officielle saoudienne, mesures vérifiables sur l'État palestinien, vote ou notification au Congrès, fin durable des hostilités et ouverture de missions. Les fuites anonymes sur un accord « proche » ne suffisent pas.

Une normalisation saoudo-israélienne reste possible, mais elle n'est ni signée ni mécaniquement produite par les intérêts communs. Depuis Gaza, le prix palestinien est formulé plus explicitement.

Le dossier doit être suivi par actes juridiques et politiques, non par compte à rebours médiatique. Tant que les conditions sur l'État palestinien et la guerre ne sont pas remplies, parler d'accord acquis transforme une hypothèse en faux fait.

Sources consultées
Nasser AL SABRI
Nasser AL SABRI
Journaliste indépendant

Analyste en géopolitique, anthropologie politique et relations internationales.