Le terme "doctrine Gerasimov" est presque plus célèbre en Occident qu'en Russie. Il vient d'interprétations d'un texte du chef d'état-major Valery Gerasimov sur l'évolution de la guerre moderne. Beaucoup d'analystes y ont vu la matrice de la stratégie russe en Crimée et dans le Donbass.
La formule est trompeuse si elle laisse croire à une doctrine unique, codifiée et secrète. Mais elle reste utile si elle désigne une intuition centrale : Moscou pense la confrontation comme un continuum où les moyens militaires et non militaires se renforcent.
La Russie ne sépare pas proprement paix, crise et guerre. Elle exploite les zones floues où l'adversaire hésite à répondre.
Analyse geopolôLa guerre avant la guerre
Désinformation, corruption, pression économique, cyberattaques, opérations clandestines, minorités russophones, mercenaires et démonstrations militaires peuvent préparer le terrain avant une intervention ouverte. L'objectif n'est pas toujours de conquérir ; il peut être de désorganiser la décision adverse.
L'Ukraine a révélé les limites du modèle
En 2014, l'ambiguïté a servi Moscou. En 2022, la guerre ouverte a exposé les limites logistiques, tactiques et politiques de l'armée russe. L'hybride fonctionne mieux lorsque l'adversaire ne sait pas encore comment nommer l'agression.
La doctrine Gerasimov est un mythe, mais un mythe révélateur : il montre que la Russie cherche à gagner dans la perception, le droit, l'information et la peur avant de gagner sur le terrain.
